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Garde partagée : quels sont vos droits ?

Ce que vous trouverez dans cet article

Résidence alternée, garde partagée, calendrier fixé par semaines paires et impaires, quarts de vacances scolaires… Une fois la décision du juge aux affaires familiales (JAF) reçue, beaucoup de parents peinent à comprendre concrètement comment organiser le quotidien de leurs enfants.

Voici ce qu’il faut savoir pour décrypter une décision de résidence alternée, anticiper les points de blocage les plus fréquents (trajets, déménagement, vacances d’été) et savoir réagir en cas de désaccord.

Garde partagée, résidence alternée, autorité parentale : de quoi parle-t-on ?

Le terme « garde partagée » est un raccourci du langage courant. Juridiquement, on parle de résidence alternée de l’enfant, qui est une modalité d’exercice de l’autorité parentale.

La résidence alternée est expressément prévue par l’article 37329, alinéa 1er, du code civil : « La résidence de l’enfant peut être fixée en alternance au domicile de chacun des parents ou au domicile de l’un d’eux. »  

Depuis la séparation des parents, mariés ou non, l’autorité parentale reste en principe exercée conjointement par les deux parents, sauf décision contraire du juge. Cela signifie que les décisions importantes concernant l’enfant (scolarité, santé, religion) doivent être prises ensemble, indépendamment du mode de résidence retenu.

La résidence alternée consiste à faire vivre l’enfant, de façon successive, au domicile de chacun de ses parents. Elle peut être décidée d’un commun accord entre les parents, ou fixée par le JAF en cas de désaccord.

Comment le JAF fixe-t-il le calendrier de résidence alternée ?

Le juge n’est pas tenu d’ordonner une alternance stricte semaine par semaine. Il adapte le rythme à l’âge de l’enfant, à sa scolarité, à l’éloignement géographique des parents, ainsi qu’à l’intérêt de l’enfant, seul critère guidant sa décision, à la stabilité du cadre de vie et continuité des habitudes de l’enfant. 

L’intérêt supérieur de l’enfant est le critère décisif pour le juge. (rappelé par la jurisprudence et par la Convention internationale des droits de l’enfant (art. 3, § 1).  

Il est fréquent que le JAF prévoie une organisation progressive, notamment lorsque l’enfant est jeune ou que le mode de garde change en cours de procédure. Le jugement peut ainsi prévoir deux périodes distinctes :

  • Une première période transitoire, par exemple avec une résidence principale chez un parent assortie d’un droit de visite et d’hébergement élargi pour l’autre (une fin de semaine sur deux et la moitié des vacances) ;
  • Puis, à une date fixée à l’avance, le passage à une résidence alternée classique (une semaine sur deux, avec changement au domicile de l’école le vendredi).

Ce type de calendrier donne le temps à l’enfant, et parfois aux parents, de s’adapter progressivement à un rythme d’alternance plus soutenu.

Comment lire concrètement un jugement de résidence alternée ?

Les décisions du JAF utilisent un vocabulaire assez normé qu’il convient de bien décoder :

  • « Semaines paires / semaines impaires » : le calendrier se cale sur la numérotation officielle des semaines de l’année (semaine 1, semaine 2, etc.), et non sur le simple ressenti « une semaine sur deux ». En cas de doute sur la semaine en cours, un calendrier des semaines paires/impaires de l’année civile permet de lever toute ambiguïté.
  • « Changement de résidence le vendredi sortie de classes » : le passage d’un parent à l’autre a lieu à l’heure de sortie de l’école, et non le samedi matin ou en soirée, sauf précision contraire.
  • « Première moitié / seconde moitié des vacances » : les vacances scolaires sont coupées en deux périodes égales, dont le point médian est en général fixé au milieu de la période officielle de vacances de la zone scolaire concernée.
  • « Quarts de vacances d’été » (1er, 2e, 3e, 4e quart) : les grandes vacances, plus longues, sont découpées en quatre périodes égales d’environ deux semaines chacune, souvent réparties en alternance d’une année sur l’autre pour équilibrer les grands départs.
  • « Avec alternance les années paires/impaires » : le jugement prévoit une inversion de l’ordre chaque année, afin qu’aucun parent n’ait systématiquement la même période (par exemple, toujours la première moitié des vacances de Noël).

En cas de difficulté ou de désaccord, il faut toujours se référer au dispositif exact du jugement (les paragraphes commençant par « Dit que… », « Fixe que… »),et consulter si nécessaire un avocat.  

Qui prend en charge les trajets entre deux domiciles ?

Si le jugement précise les modalités de trajets, les parents doivent les respecter.  

Ces dispositions ne peuvent pas être modifiées unilatéralement par un parent, même pour des raisons de commodité (changement d’organisation personnelle, déménagement, nouveau travail, etc.). 

À défaut de précision contraire dans le jugement, la règle la plus fréquemment retenue par les juges est celle du « parent qui débute sa période d’accueil », c’est ce parent qui va chercher l’enfant chez l’autre parent (ou à l’école) pour l’amener chez lui.

Cette règle a un intérêt pratique car elle répartit la charge des trajets de façon équilibrée dans le temps, chaque parent effectuant à tour de rôle le déplacement. Elle diffère d’une autre pratique parfois retenue, où le trajet est toujours à la charge du même parent, ou partagé à mi-chemin dans un lieu neutre.

Il est essentiel de vérifier la formulation exacte retenue par votre jugement, car ces différentes règles ne sont pas interchangeables et un jugement ne peut être modifié unilatéralement par l’un des parents, y compris pour des raisons pratiques.

En cas de doute sur la lecture d’un jugement, il est possible de demander des explications à son avocat, ou de solliciter une interprétation du jugement auprès du greffe du tribunal si une clause est réellement ambiguë. À défaut d’accord entre les parents sur le sens d’une clause, seul le juge qui a rendu la décision (ou la cour d’appel en cas de recours) peut trancher son interprétation.

Un parent déménage et refuse de communiquer sa nouvelle adresse : est-ce légal ?

Un parent change de domicile, se rapproche de l’autre, mais refuse de communiquer sa nouvelle adresse en invoquant sa vie privée, et impose un point de rencontre « neutre » alors même que le jugement prévoit un relais au domicile du parent.

Deux principes s’opposent ici et doivent être articulés :

  • Le principe de l’exécution du jugement. Une décision de justice s’impose aux deux parents. Si le jugement précise que le relais a lieu au domicile de chaque parent, aucun des deux ne peut, seul, décider de modifier unilatéralement ce lieu, même pour des raisons personnelles.
  • L’obligation d’information réciproque entre parents. Le code civil impose à chaque parent d’informer l’autre de tout changement de résidence, précisément parce que cela peut avoir une incidence sur l’exercice de l’autorité parentale et sur l’organisation de la garde. Un parent ne peut donc pas dissimuler durablement son adresse à l’autre parent d’un enfant en résidence alternée.

En pratique, si le déménagement ne modifie pas les modalités de garde (pas de changement d’école, pas d’incidence sur les trajets), le parent qui déménage reste tenu de communiquer sa nouvelle adresse, ne serait-ce que pour permettre l’exécution normale du jugement et, plus généralement, pour des raisons de sécurité de l’enfant (savoir où le joindre en cas d’urgence). 

Pour rappel les parents doivent être de bonne foi dans l’exécution de leurs droits vis à vis de l’enfant : cela nécessite qu’une information tel un déménagement soit transmise au co-parent. 

N.B : En l’absence d’ordonnance de protection permettant de cacher l’adresse, un parent qui déménage et refuse de communiquer sa nouvelle adresse peut voir sa responsabilité être engagé.  

Si l’enfant réside habituellement chez le parent qui déménage et que celuici ne notifie pas sa nouvelle adresse dans le mois, il s’expose à la sanction de l’article 2276 du code pénal (jusqu’à 6 mois d’emprisonnement et/ou 7 500 € d’amende).  

S’il y’a une notion de danger pour l’enfant/le parent qui déménage et qu’il souhaite que la nouvelle adresse reste confidentielle il est utile d’en informer le juge en amont.  

En dehors de ce cas de figue et en cas de refus persistant de révéler la nouvelle adresse,  l’autre parent peut saisir le JAF pour faire constater le non-respect du jugement et, le cas échéant, demander la fixation du lieu de résidence exact.

Vacances d'été : que faire quand le jugement ne précise pas le jour et l'heure du relais ?

Autre difficulté fréquente, le jugement fixe la répartition des vacances d’été par quarts, mais ne précise ni le jour, ni l’heure exacts du changement de résidence pendant cette période, contrairement à ce qui est parfois prévu pour les petites vacances scolaires ou les fêtes de fin d’année.

En l’absence de précision, plusieurs règles peuvent s’appliquer selon la rédaction retenue par le jugement :

  • Si le jugement prévoit que le rythme habituel de l’année scolaire (changement le vendredi, par exemple) se poursuit pendant les petites vacances, il est cohérent, à défaut d’indication contraire, d’appliquer un raisonnement similaire pour les grandes vacances, sauf si le jugement organise les quarts d’été de manière totalement autonome ;
  • À défaut de toute indication, les parents doivent en principe s’accorder sur un jour de relais, sans qu’aucun d’eux ne puisse imposer unilatéralement une règle qui aurait pour effet de réduire le temps de résidence de l’autre parent tel que fixé par le jugement (par exemple, imposer systématiquement un jour de relais qui « rogne » un quart de vacances au détriment de l’autre).

NB : Tout doit se faire dans l’intérêt de l’enfant en recherchant l’accord des parents. 

Si le jugement est réellement silencieux ou ambigu sur ce point et que le désaccord persiste d’année en année, il est possible de demander au JAF, dans le cadre d’une nouvelle procédure, de préciser les modalités du jugement initial, notamment le jour et l’heure exacts du relais pour la période estivale, afin d’éviter tout litige récurrent. Un décompte précis du nombre de jours effectivement passés chez chaque parent (idéalement conservé année après année) constitue un élément de preuve utile en cas de saisine du juge.

Que faire en cas de désaccord persistant ou danger pour l'enfant ?

Au-delà des questions de calendrier, certains parents ou proches s’interrogent sur la possibilité de remettre en cause une organisation de garde lorsqu’ils estiment que la sécurité ou le bien-être de l’enfant est en jeu.

Plusieurs voies existent, selon la gravité de la situation :

  • La modification du jugement fixant la résidence. Tout parent peut saisir le JAF pour demander une modification des modalités de résidence en cas de changement de circonstances (déménagement, nouvelle organisation professionnelle, désaccords répétés sur l’exécution du calendrier).
  • Le signalement d’une situation de danger. Si un enfant paraît en danger (négligence, violences, mise en danger), toute personne, y compris un proche non parent, peut alerter la Cellule de recueil des informations préoccupantes (CRIP) de son département ou le 119 (Allô Enfance en Danger). Le juge des enfants, saisi dans le cadre de l’assistance éducative, est distinct du JAF, il ne statue pas sur la résidence entre les parents, mais peut ordonner des mesures de protection (mesure éducative, placement) si le danger est caractérisé.
  • La demande d’un tiers digne de confiance. Dans des situations très particulières, la loi permet au juge de confier un enfant à un tiers digne de confiance plutôt qu’à l’un des parents, mais cette mesure reste exceptionnelle et suppose que l’intérêt de l’enfant l’exige.

Un frère ou une sœur majeure, ou tout autre proche, n’a pas automatiquement qualité pour demander la garde d’un enfant mineur à la place des parents : cette qualité appartient en priorité aux parents, sauf décision du juge des enfants retirant ou limitant l’autorité parentale. En revanche, un proche peut solliciter la fixation d’un droit de visite s’il justifie de liens affectifs étroits avec l’enfant, et peut, en toute hypothèse, signaler une situation préoccupante aux autorités compétentes.

Un frère ou une sœur majeure, ou tout autre proche, n’a pas automatiquement qualité pour demander la garde d’un enfant mineur à la place des parents : cette qualité appartient en priorité aux parents, sauf décision du juge des enfants retirant ou limitant l’autorité parentale. En revanche, un proche peut solliciter la fixation d’un droit de visite s’il justifie de liens affectifs étroits avec l’enfant, et peut, en toute hypothèse, signaler une situation préoccupante aux autorités compétentes.

En cas de danger et pour prévenir un risque d’enlèvement ou de déplacement illicite, le J.A.F  peut ordonner une interdiction de sortie du territoire français de l’enfant sans l’autorisation des deux parents (inscription au fichier des personnes recherchées).  

Ce qu'il faut retenir !

Thème Règle par défaut (sauf jugement contraire) En cas de désaccord

Rythme scolaire

Alternance selon le calendrier fixé (semaines paires/impaires)
Demande d’interprétation ou de modification au JAF

Trajets

A la charge du parent qui débute sa période d’accueil
Application stricte des termes du jugement

Lieu de relais

Au domicile de chaque parent, sauf précision contraire
Le parent qui déménage doit communiquer sa nouvelle adresse

Petites vacances

Coupées en deux moitiés égales
Alternance de l’ordre selon les années paires/impaires si prévu

Vacances d’été

Réparties par quarts, alternance selon les années
Saisine du JAF pour préciser jour et heure du relais

Danger pour l’enfant

Signalement possible par tout proche (119, CRIP)
Saisine du juge des enfants, distincts du JAF

Sources juridiques

Cet article s’appuie notamment sur les textes et principes suivants :

Image de A. ELIAS

A. ELIAS

Solucia SPJ

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